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22/12/2010

Plongez au coeur du cinéma

Une publicité pour ces nouveaux instruments mobiles capables de vous mettre en relation avec le vaste monde, dans son entier.
Un couple domine la ville (rappel de Muholland Avenue qui domine Hollywood et Muholland Drive, le film de David Lynch?). Ce couple est plus absorbé par son nouveau « smartphone » que par le paysage. En effet l’appareil semble diffuser un film (on reconnaît l’acteur Russel Crowe dans le rôle de Robin des bois, sinon l’agrandissement de l’appareil, en bas de page, permet de le confirmer).
Le message est clair : le cinéma est à portée de main, le smartphone est merveilleux et vous transporte à travers l’espace et le temps, facilement, sans effort.
C’est mieux qu’au cinéma ! D’ailleurs « The End » s’affiche en lettres lumineuses dans le ciel. C’est la fin du film ? La fin du cinéma ? On ne va plus se faire ch…. à se déplacer, à trouver une place pour se garer, à patienter dans la file !
Tout est à portée de la main.
La cible ? Jeunes gens, joyeux Noël, n’allez plus au cinéma, il vient à vous.
Bon, j’arrête de faire le vieux ronchon. La technologie, c’est formidable. La preuve ? Elle me permet d’envoyer mes notes sur la toile, comme un gamin qui lance des avions en papier.
Mais quand même…

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18/12/2010

Critique sans permis, une réponse à Michel Ciment

Michel Ciment, éminent critique de cinéma (Positif, Le Masque et la Plume) est venu dernièrement à Metz rencontrer des étudiants de l’Université et présenter un film (très hagiographique) sur lui-même.
Participant a minima à l’opération (en tant qu’animateur d’association), j’ai partagé sa table au restaurant et assisté au débat.
Moments éprouvants pour votre serviteur lorsqu’il a été question de Jean-Marie Straub et de la rétrospective qui lui sera consacrée en mars prochain dans sa ville natale. La détestation de Michel Ciment pour l’œuvre de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub est totale, définitive et manifeste, quand bien même il s’adresse à l’un des organisateurs de cette rétrospective, en plein effort pour la mettre sur pied. La répétition de la sentence devant les étudiants en cinéma, potentiels spectateurs, a fini de créer en moi ce malaise que je rapporte ici et qui m’interroge.

Ce qui pose problème n’est pas de forcer à aimer, mais de forcer à détester, sous peine de n’être pas accueilli dans le réseau de ceux qui pensent dans les médias et qui ont pour principal soucis de se démarquer des pensées uniques en en créant d’autres. Construire une pensée sur la destruction d’une autre qui ne vous appartient pas revient à tourner en rond et à finir par se contredire soi-même.

Danièle Huillet et Jean-Marie Straub ont cette capacité de rejet total pour le spectateur. On les aime ou on les déteste. Pas de milieu. Cela fait partie, intimement, de leur existence de lutteurs en cinéma. Lutteurs, cela on peut leur reconnaître et parier sur l’avenir de leurs films, même dans le « chaos du goût » actuel qui illusionne encore sur une fonction de séduction du cinéma alors même que la séduction a glissé vers d’autres sphères de l’image animée, est devenu le principal vecteur de la consommation de masse et de mensonges généralisés. Si le spectateur croit encore ce qu’il voit, ce n’est plus au cinéma, c’est partout ailleurs où se trouvent les ersatz, les clones. La salle de cinéma est encore un lieu assez pur pour lutter contre la crédulité : elle propose des films aux alternatives et aux écritures variées, une position de spectateur qui laisse place à l’interprétation, au recul (installation du spectateur dans la salle, rites liés au spectacle) et qui permet un travail face au film, la mise en place d’une critique personnelle.

Michel Ciment suggère, dans le film qui lui est consacré, de mettre en place un « permis de critiquer » pour éviter d’intempestives interventions de tout un chacun qui mettrait son grain de sel dans (j’interprète) l’ordonnance bien réglée des prescripteurs. C’est une boutade, paraît-il. Mais dans quel état se trouve réellement la critique cinématographique actuelle? Elle se trouve proche du néant, remplacée par la promotion pure et simple des produits, l’un chassant l’autre au rythme effrayant de l’industrie cinématographique. Lui-même en est le témoin vivant, la revue Positif étant presque la seule aujourd’hui à proposer de vraies critiques. Alors où se trouve la contradiction ?
Pour tenter de lutter, si cela est possible, contre sa sentence définitive, je suggère à Michel Ciment d’écrire une critique approfondie sur le prochain film de Jean-Marie Straub qui sort en janvier 2011. Qu’il le voie et en juge. Qu’il remette en cause son jugement et qu’il explique sa position à ses lecteurs.
Les Straub méritent bien qu’on se penche sur eux. Leur cinéma est exceptionnellement fidèle et sincère. Il ne s’inscrit dans aucun système habituel de production cinématographique et déroute la critique car il sort de tous les sentiers battus : libre dans son économie, son esthétique, ses formats, ses processus de fabrication.
Il ne sera jamais populaire, mais durera certainement.

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Emis ce jour-là par un professeur d’université : trop de films sortent, trop de films inutiles sont subventionnés. Pour réduire le nombre de films, il suffirait d’introduire, dans les commissions d’attribution des subventions publiques pour le cinéma, des représentants du public (s’entend du grand public). L’effet ? Je le crains, la disparition des « petits » films : C’en serait fini de Jacquot, Rivette et même Ruiz (prix Louis Delluc cette année), des réalisateurs adoptés par la France (qui ne trouvent pas à financer leurs films ailleurs), des films à petit public, de la variété qui est proprement française.
C’en serait fini des autres formes de films que les revues de cinéma oublient de citer : les films courts, les documentaires.
Car considérer et ne juger le cinéma que comme un produit industriel et populaire, assumer une élimination des films par l’évaluation de leur nombre de spectateurs, reviendrait à tuer le cinéma en France, déjà mort dans de nombreux pays.

29/11/2010

L'estime de soi

Une pétition circule actuellement pour la suppression des notes à l’école élémentaire : http://www.suppressiondesnoteselementaire.org
J’y souscris, très naturellement, évidemment, logiquement !
Un terme de la pétition me retient : l’estime de soi.

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Nous autres, anciens enfants, devons nous souvenir des moments d’école où un rien, une remarque, un incident, un ratage pouvaient nous anéantir, et pour longtemps. L’éducation ne peut pas se faire par le dressage assuré par les parfois piètres adultes que nous sommes devenus.
Aux yeux de nos enfants nous sommes incontestables, incontournables. Il est facile de leur imposer des jauges qui les contraignent, les maintiennent dans le cadre étroit qui nous dispense de réflexion et de prise en compte individuelle de leurs difficultés.
Les notes et le classement par les notes pour les enfants qui ne possèdent pas encore tous les fondamentaux sont cet alibi pseudo-scientifique qui rassure les adultes et peut parfois cacher la pauvreté d’une éducation, sa paresse, qui élimine ceux qui sont indignes d’efforts et qui valorisent ceux qui « marchent » tous seul. Les bons élèves flattent leurs maîtres qui deviennent alors de bons maîtres.
L’absence de notes n’a pas pour effet d’ouvrir la boîte de Pandore, ce n’est pas une facilité, même à notre époque de sur-investissement de l’enfance (regardez, l’enfant est une des principales cibles de la publicité et des lobbies de consommation). Elle appelle au contraire à une attention plus fine, à une mesure des efforts. Elle n’exclut pas la compétition, elle la rend plus saine.

Aussi ce débat est-il plus important qu’il n’y paraît, d’autant plus que les programmes scolaires, s’il sont réellement lisibles, abandonnent implicitement les notes depuis plusieurs décennies. C’est la pression sociale qui maintient les notes. C’est l’inertie des institutions qui freine un vrai choix à ce sujet.
La France est toujours un pays centralisé. L’élitisme républicain existe, bien que l’ascenseur social ne soit plus qu’une vue de l’esprit. Tous les élèves ne peuvent faire des études, mais les perspectives du marché du travail, de la promotion sociale, sont devenues si faibles que l’élimination d’une partie des élèves de l’école risque d’équivaloir à leur condamnation à la précarité. La pression est ainsi énorme et insoutenable.
L’école est attaquée de toute part : faibles résultats aux yeux (fermés) des exploiteurs d’enquêtes (elles aussi pseudo-scientifiques, qui dispensent d’une vraie réflexion autre que le choix des méthodes d’apprentissage de la lecture), réduction du nombre d’enseignants, réduction de la formation des maîtres.

Tous les enfants ne peuvent pas faire de longues études, mais tous les enfants peuvent réussir à l’école. Tous peuvent être valorisés, vivre des situations enrichissantes et épanouissantes.
Il faut cesser de fixer les yeux toujours au même endroit, de considérer le modèle de réussite personnelle comme unique (la triste et fameuse antienne de « Maître Séguéla » : « si à 50 ans on n’a pas de Rolex, on a raté sa vie »).

Faisons un rêve : la réussite prendra des visages variés, les secondes chances seront nombreuses, l’école sera encouragée dans son rôle fondamental de développement de la solidarité et de la citoyenneté.
On n’a que l’école qu’on mérite, collectivement. C’est aux adultes de faire les choix sur la société qu’ils désirent.

18:51 Publié dans rebonds | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : école, pétition, notes