Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/03/2011

Jean-Marie Straub: une rétrospective (2)

Musiques et voix... Le troisième temps fort de la rétrospective a débuté jeudi 24 mars avec la projection de Moïse et Aaron à l'Opéra-Théâtre de Metz. Vendredi, Du jour au lendemain et Chronique d'Anna Magdalena Bach au Centre Pompidou-Metz.
Jacques Drillon et François Narboni étaient présents au débat après Chronique. Comme toujours avec jean-Marie Straub, l'imprévu prévaut! Retournement de situation lorsque JMS présenta lui-même Jacques Drillon.

Jean-Marie Straub, Metz,rétrospective, Jacques Drillon, François Narboni


Jean-Marie Straub, Metz,rétrospective, Jacques Drillon, François Narboni


Débat brillant, empathique, et JMS du fond de la salle ajoutant son point de vue, corrigeant une date.

Jean-Marie Straub, Metz,rétrospective, Jacques Drillon, François Narboni


Extrait de l'intervention de Jacques Drillon, à propos de la musique dans Chronique d'Anna Magdalena Bach:
podcast

Puis une petite balade en ville pour les proches, vers chez Paola qui nous accueillait.

Jean-Marie Straub, Metz,rétrospective, Jacques Drillon, François Narboni


Rue Gambetta: JMS a fait ses armes de cinéphile au Royal au début des années cinquante. Un cinéma qui abritait les ciné-clubs de la ville, dont la Chambre Noire où, étudiant, il intervenait.

23/03/2011

Jean-Marie Straub: une rétrospective

Une rétrospective des films de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet se tient à Metz du 11 mars au 3 avril 2011, au Centre Pompidou-Metz principalement, mais aussi au cinéma Caméo, à l’Opéra-Théâtre et à l’Arsenal. A mi-chemin, quelques photos et une réflexion sur le film La mort d’Empédocle.
IMG_0819bis.jpg
La mort d’Empédocle
Il y aurait trois films au moins pour le spectateur de La mort d’Empédocle : le premier est mené par le texte dense de Hölderlin, servi par les personnages statiques, par leur diction, leur présence presque minérale dans le paysage. Il est lent, prend son temps, passionne par sa précision, pour peu qu’on le suive attentivement.
Le second est le film géographique, celui auquel on accède en se détachant du premier, aidé par les blancs de traduction (Danièle Huillet ayant volontairement laissé des phrases entières en allemand sans sous-titre).

IMG_0835bis.jpg


La densité du texte nous éloigne en effet parfois d’une recherche de compréhension textuelle (pour ceux qui ne parlent pas allemand, mais sans doute aussi pour ceux qui le pratiquent). On accède alors à ce film géographique, « géologique » comme l’a dit Jean-Marie Straub à propos d’Antigone (ce film étant né parce que Danièle Huillet et lui ont découvert le théâtre de Ségeste, en Sicile, lors d’un long voyage en voiture, le lieu préexistant à l’idée même du film).
Film géographique en ce sens que le lieu naturel a sa propre autonomie par rapport au récit. Ce qui se déploie alors (pour nous dans une sorte de contemplation), ce sont les strates d’une histoire primordiale servie par le lieu et les micro-événements qui parcourent le film (les mouvements et bruits de la nature -feuillages, vent, insectes-, les changements de lumière, les mouvements des vêtements). Servie aussi par le déplacement du récit vers ces plans qu’on pourrait croire vides mais qui se peuplent: la volée de marches de la maison d’Empédocle (on n’en verra pas plus), de longs plans de l’Etna aux ciels changeants. On voit cela comme un autre récit possible, dans l’économie des images et des sons que font les Straub, dans la minutie de leur mise en place.
IMG_0830bis.jpg
Ces deux films ne se succèdent pas : ils s’enlacent. On passe de l’un à l’autre, ils se confondent parfois, se détachent d’autres fois, on y plonge en ayant conscience de la rareté de cette expérience de spectateur.

Le troisième film, peut-être (mais chaque spectateur est unique), c’est celui que notre culture (au mieux) ou nos habitudes (au pire) permet : comment ce récit, en ce lieu, pourrait être montré ? Comment ce qui est dit prend-il corps, encore autrement, dans le désir du spectateur ? Aucun cinéma ne s’adresse à des spécialistes, celui des Straub comme celui des autres.. Quelles autres images le spectateur va-t-il convoquer ? S’il se détache des deux premiers films, où va-t-il ? Car à aucun moment l’action n’est présente : seul le récit, la confrontation des paroles des différents personnages, l’annonce de l’action à venir sont présents. Il y a donc quelque chose de l’évitement (du déplacement) ou de l’impossibilité (ou de la vanité) à montrer l'événement dans le film des Straub. De la perte aussi. Qui peut être la perte du Cinéma lui-même, sa disparition.

IMG_0850bis.jpg


Jean-Marie Straub avec Jean-Luc Nancy et Benoît Goetz, après La mort d'Empédocle (dimanche 20 mars)

Programme complet de la rétrospective à Metz sur http://cineart.metz.free.fr

jean-marie straub,metz


20/02/2011

Jean-Marie Drot

Qu’est-ce que la télévision est devenue, au regard de ce qu’elle a produit depuis son gros demi-siècle d’existence ? Le PAF aujourd’hui, quel malheur ! Divertissement à tout prix ! Une sorte de circuit fermé où les animateurs, d’une chaîne à l’autre, s’invitent les uns les autres dans leurs émissions, pour se forcer à rire (un public qui applaudit aux ordres), l’envahissement d’une novlangue (people-isation, stand up, star-bidule…), la peur de faire adulte ! C’est vraiment à pleurer de voir dans quelle moulinette nous sommes tombés (ah, regret d’une autre moulinette, celle de Jean-Christophe Averty !)

Tout n’est pas à jeter, il existe des émissions, fictions, magazines de qualité qui relèvent le niveau, mais dans la cacophonie des rires et applaudissements forcés, dans les calculs d’audimat, ils ne pèsent pas lourd. Cela me fait l’effet de devoir s’orienter dans un train fantôme, aspiré à droite à gauche par les éructations, visions colorées, toiles d’araignées, pour trouver enfin un peu de lumière. Ou alors tel un petit Poucet perdu dans la forêt, la grande difficulté étant de retrouver son chemin. Ces quelques images pour exprimer que dans le flux continu des médias télévisés ont disparu deux choses qui auraient pu devenir fondamentales d’une télévision publique : le temps et la pédagogie.
Le temps pris pour exposer et montrer en profondeur.
La pédagogie pour penser à tous les publics : non pas plaire à tout prix, mais enseigner (sans refuser un sentiment qui est aujourd’hui devenu tabou : l’admiration –qui n’est pas joie collective-). Pas besoin forcément de professeurs, mais de gens qui sont des passeurs.

JMDrot.jpg

Jean-Marie Drot, 13 février 2011

Savez-vous ce qui dort dans les caves de l’Institut National de l’Audiovisuel ? Pas seulement les archives (toujours les mêmes) alimentant les « gafferies » des enfants de la télé ou celles illustrant les émissions historiques ou politiques.
Oui, dorment à l’INA les émissions littéraires de Pierre Dumayet ou celles sur l’art de Jean-Marie Drot, c’est-à-dire des heures de rencontres avec Louis Aragon, Michel Butor ou Roland Barthes, des déambulations avec Jean Cocteau, Alberto Giaccometti, Marcel Duchamp ou Man Ray. Autant de trésors d’intelligence et de partage qui sont des œuvres en elles-mêmes et dont je plaide l’existence intégrale. Il existe à la télévision la rediffusion de films de cinéma : proposons la rediffusion d’émissions de télévisions, traitées comme des œuvres, proposées dans leur intégralité et non comme archives dans lesquelles les émissions futures vont puiser à leur guise.

Jean-Marie Drot était de passage à Metz le 13 février : il a présenté avec émotion, devant une salle comble, trois de ses films de la série L’Art et les hommes, réalisés en 1958 et 1959 : A la recherche de Jacques Villon, L’œuvre gravée de Jacques Villon et Un dimanche à Vence avec Marc Chagall. Trois portraits chaleureux d’artistes dans lesquels on peut les voir au travail et s’exprimer sur leurs œuvres en cours de création (ce qui intéressait particulièrement les messins puisqu’il était question des vitraux que Villon a réalisés pour la cathédrale de Metz en 1957).
Cette série, L’Art et les hommes, contient plus de 80 films tournés avec les plus grands artistes de l’époque entre 1955 et le milieu des années 80.
Il y a urgence à reconnaître le travail de réalisateurs comme Jean-Marie Drot et qu’ils soient réinscrits dans le flux de la télévision publique de notre pays, oublieuse jusqu’ici de ses attaches et de sa propre culture.